C’est
au cours de l’an 49, sous l’ère Altier, que vint au monde
celui qui allait devenir l’instigateur de la Chevalerie gnostique.
De par son excellence dans les divers domaines auxquels il s’adonna,
bien des regards se tournèrent vers lui pour s’intéresser
à son devenir, mais aucun de ceux qui s’y essayèrent ne parvinrent
à infléchir l’invraisemblable destinée qui allait
se dessiner à l’horizon de sa longue existence.
Il
entra à l’école élémentaire de Thaumaturgie
de l’Académie des Arcanes à la fin de l’année
53, et s’y fit rapidement un nom, malgré son très jeune
âge. C’est à cette période de sa vie que l’un
des mythes les plus anciens le concernant fait son apparition. Il est dit
que le tout jeune Sapience Douance aurait rapporté à
ses professeurs une bien étrange histoire au sujet du monument de
pierre érigé à la mémoire de Coronis D. Docéré,
la fondatrice de l’Académie des Arcanes. Selon ses dires, la
statue se serait animée et lui aurait passé la main dans les
cheveux. Ses tuteurs attribuèrent cette histoire à son imagination
fertile, mais suite aux nombreuses prouesses réalisées au
cours de sa vie, cette anecdote devint célèbre et s’ajouta
au palmarès déjà très fourni des récits
plus ou moins vrais qui l'entourent. Comme se plaisent à le dire
ses proches : « Comment pourrait-on expliquer l’étonnant talent
et l’extraordinaire longévité d’un homme en refusant
d’admettre que Dame Fortune puisse véritablement lui avoir
passé la main dans les cheveux ? » |
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En
l’an 61, la seconde Vestale sélénienne, Dianaé
A. de La Rosière, âgée de 11 ans, fut mutilée
par les meurtriers de sa mère alors qu’elle assistait à
son assassinat. Elle perdit son bras droit et peina à se rétablir.
Nul médecin ne parvenant à la soigner correctement, on fit
appel à plusieurs Thaumaturges réputés, dont Sapience.
Ce dernier, alors tout juste âgé de 13 ans, parvint contre
toute attente à guérir la nouvelle souveraine. Cette prouesse
lui ouvrit les portes de la notoriété, mais, doté d’un
tempérament réservé, il préféra rester sur
le seuil. « La notoriété est une maigre récompense pour
l’érudit en quête d’éternité. » dit-il
parfois sur un ton ironique.
C’est
à l’âge de 25 ans, en l’an 74, qu'il instaura
l’ordre de la Chevalerie gnostique, bien que ce ne fut là qu’une
étape subsidiaire visant à donner un nom au cercle déjà
formé par les différents talents gravitant autour de lui.
C’est sur le continent d’Alcade, dans la ville de Palladia,
qu’il décida d’officialiser cette union de praticiens
en Thaumaturgie. La quantité de prétendants au statut de Chevalier
gnostique ne cessa dès lors d’enfler, mais le nombre précis
d’initiés ne dépassa jamais le chiffre de huit, soit
la quantité exacte de cités bâties sur le continent
d’Amalthée dont Sapience emprunta les noms pour donner leur
titre à chaque membre de la communauté.
Il
faut préciser que les Paréas – futurs chevaliers –
ne furent jamais très nombreux en raison de l’enseignement
draconien dispensé par l’Athénée gnostique dont
les préceptes incitaient les aspirants à se surpasser pour
atteindre l’Ataraxie, l’état de conscience requis pour
pouvoir prétendre à l’un des huit titres du cercle.
Théologien
et philologue de son état, Sapience restera un membre éminent
de l'ordre malgré sa tendance habituelle à s’éloigner
de ses proches pour poursuivre ses investigations sur les récits
historiques. Outre ses occupations personnelles, il n'est pas rare de le
voir prodiguer ses connaissances dans les amphithéâtres de
l'Académie des Arcanes où son enseignement est toujours grandement
sollicité. Ses essais sur l'art de l'équanimité servent
très souvent de référence lors des multiples séminaires
qui parsèment les cycles d'études majeurs relatifs à
la conception philosophique. Mis à part ses divers travaux autour des sciences
thaumaturgiques et ses investigations dans la recherche et la dissociation
des mythes et faits historiques, il est aussi considéré par
ses pairs comme l'initiateur de la Théosophie gnostique, pierre angulaire
de la communauté dont il est le fondateur.
Hormis
les chevaliers élus qui composent le cœur de l’Ordre gnostique,
Sapience croisa un grand nombre de personnalités notables au cours
de son existence. Non content d’avoir parcouru une longue route en
compagnie du tristement célèbre Stance Ater Parangon et de
son insolite compagne Oblate Latrie Dulie, il aurait vraisemblablement
rencontré plusieurs membres de la phratrie des Apatrides, et peut-être
même quelques mythiques Chevaliers apotropaïques, si tant est qu’ils
aient un jour existé. Aujourd’hui encore, il entretiendrait
des liens confidentiels avec des personnages aussi importants que la douairière
d’Alcade en personne.
En
conséquence de sa rencontre avec Xipho Xi Xanthie, et pour avoir
eu l’insigne honneur de l’escorter dans ses dernières
années, Sapience est aujourd’hui considéré comme
le biographe officiel de ce vieux chevalier. Cette courte amitié
lui permit de relater avec beaucoup d’émotion les derniers
instants du vieil homme dans le chapitre final de son cinquième et
ultime livre : Historialis – temporum descriptiones.
Lorsqu’ils
mentionnent son âge, la plupart de ses proches le disent millénaire,
ce qu’il réfute absolument. En l’an 691, il annonce
humblement l’âge avancé de six cent quarante-cinq ans.
À ce sujet, il est bon de savoir que la durée de vie d’un
homme commun lui permet rarement d’atteindre la centaine d’années,
et bien que la longévité la plus surprenante semble revenir
aux Vestales séléniennes, les investigations de Sapience ont
révélé une pérennité hors du commun parmi
quelques rares cas, dont plusieurs illustres héros de légendes
quelque peu oubliés des livres d’histoire.