Encore
de nos jours, un grand nombre de récits entoure sa longue vie. Un
nombre si important que beaucoup, conscients du fait qu’une existence
naturellement ordinaire ne suffirait à en contenir la moitié,
voient en lui l’exemple parfait de l’individu exagérément
déifié
par les légendes populaires.
Pourtant, jamais, Sarx, victime d’un tempérament peu commun,
ne put un jour se prévaloir d’une existence
naturellement ordinaire. Mais avant de continuer
plus avant, il est un point notable, bien que pouvant paraître futile,
qu’il est bon de souligner à son propos : contrairement à
la majorité des hommes armés, l’arme de prédilection
de Sarx resta longtemps une paire de cestes recouvrant ses mains, le combat
aux poings ayant toujours eu sa préférence.
C’est
son père, un simple forgeron du nord de la ville d’Althæa,
sur le continent d’Abyssin, qui infléchit la destinée
de Sarx d’une manière irrémédiable, le jour où
il disposa une épée et une plume devant son enfant encore
trop jeune pour avoir le moindre discernement. Selon le récit de
Sapience, l’enfant choisit la plume ; dès lors, son père
s’engagea à faire de lui un garçon bien rangé,
cultivé et soigneusement éduqué. Hélas, ceux
qui décident pour d’autres avec un peu trop d’ardeur
provoquent bien souvent le contraire de leurs attentes. Et c’est ainsi
que Sarx, malgré la volonté de son entourage mais en parfait
accord avec sa nature profonde – comme nous le démontrera
l’avenir –, suivit la voie opposée à celle
qui lui fut imposée par un père profondément
traditionaliste. |
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Parmi
les nombreuses péripéties qui émaillent la rude vie
de Sarx Koptein, la plus marquante restera sa contribution à l’ascension
de la phratrie des Apatrides, mais on peut en souligner bien d’autres
qui n’entachent en rien le caractère mouvementé de ses
multiples tribulations. On peut d'ores et déjà évoquer
sa participation à la Décennale fratricide (important conflit
qui prit fin peu avant l'avènement de l’ère Altier)
à laquelle il ne participa quasiment jamais en tant que Reître,
mais presque uniquement en tant que Héraut. Officiellement chargé
d’acheminer les missives importantes d’une armée à
l’autre, que cela soit à propos d’ordres et de schémas
tactiques sous une même bannière, ou de sommations et autres
trêves-éclair entre les différents opposants, son rôle
ne fut guère plus enviable que celui d’un combattant propulsé
en première ligne. En revanche, sa solde, variant proportionnellement
au degré de danger que comportaient ses missions, était, elle, des
plus élevées, du moins en comparaison avec la plupart de celles
allouées aux autres corps d’armée. Il faut bien dire
que peu d’hommes auraient accepté d’encourir les risques
que ces messagers de guerre côtoyaient chaque jour pour parvenir à
leur fin.
Il
serait difficile d'évoquer brièvement les différentes
occupations qui accaparèrent Sarx dans sa jeunesse, mais l’on
peut néanmoins mettre en exergue les nombreux combats clandestins
auxquels il participa par nécessité. C’est d’ailleurs
à cette période de sa vie qu’il tomba dans la dépendance
du « népenthès », une drogue fortement
onéreuse aussi appréciée pour ses vertus exaltantes
que redoutée pour la forte assuétude qu'elle procure . C’est au plus profond
de cette sombre période que Goettie et Sarx se rencontreront pour
la première fois.
Après
avoir atténué la propension de Sarx pour le népenthès,
Goettie entreprit sa formation au sein de la phratrie des Apatrides, et
malgré la forte personnalité de cette nouvelle recrue, une
amitié inattendue fit naître un grand respect entre le stratège
et le jeune homme. Sarx fut rapidement contraint de former d’autres
membres de la phratrie afin d’alimenter sa propre troupe armée.
Les vaillants élus qui composèrent son escohorte portaient
le nom de « Térébrants ». En échange
d’un entraînement rigoureux, ils fournirent une participation
pour le moins efficace dans les affrontements que Goettie dut essuyer
– ou provoquer – afin d’asseoir plus rapidement
son ascension hiérarchique au sein du Cénacle
monarchique.
Alors
que la plupart des membres piliers de la phratrie des Apatrides ne brillèrent
que lorsqu’ils furent au service de Goettie, Sarx, lui, continua de
nourrir encore bien des récits après leur tragique séparation,
au point même d’engendrer l’élaboration d’un
ouvrage complet le concernant : « Percontumax »,
écrit de la main de l’historien Sapience Douance de Cirein
Kroien. Et bien que la chute de la ville d’Adamas déchira irrémédiablement
la grande famille que formaient les membres de la phratrie de Goettie, il
ne fut pas rare que Sarx croisât d’anciens frères d’armes
durant ses péripéties en solitaire. Ainsi, et parmi bien d’autres,
Xipho, Aseth et Damice eurent-ils encore un rôle à jouer dans
sa longue vie mouvementée.
Parmi
d’autres faits qu’il est bon de rappeler, il est
important de savoir que peu après la mort de Sarx survint un homme
du nom de Stance Ater Parangon qui se
présenta comme son unique descendant. Encore aujourd’hui il
serait impossible d’affirmer la véracité de cette parenté
si Sapience Douance en personne ne l'avait attestée pour avoir longuement
côtoyé cette progéniture insoupçonnée. Par ailleurs, c'est à ce mystérieux Stance que l'on impute la rumeur
qui affirmait l'existence sur le continent d’Arantèle d'une
stèle isolée portant l’inscription : « DCD
XCIX, Sarx Koptein, Demeure Eternellement En
Paix ». L’endroit exact ne
fut jamais révélé dans les écrits de Sapience,
ni dans aucun autre à ce jour.