Personnage
pour le moins singulier, Xipho naquit sous l’Altier âge et mourut
en l’an 113, une sombre année où survinrent une grande
quantité d’événements importants. Son nom lui
a été donné pour rappeler un ordre de chevalerie déchu
dont il est le dernier descendant. Souvent surnommé Xipho, le hobereau, il fait partie de ces rares êtres profondément
sincères qui placent toute leur force dans un idéal qu’ils
sont prêts à défendre au péril de leur vie. Il
n’a jamais possédé de fortune, d’armes rares,
ou de talent particulier dans un domaine donné, mais il a accompli
de grandes prouesses d'une manière inexplicable, un grand nombre d'exploits que beaucoup s’accordent
à attribuer à une foi sans faille. Mais chose atypique, Xipho
était un déiste, il n’aurait jamais tourné ses
prières vers les Dives, il semblerait même qu'il ait été l'un des rares, si ce n'est le seul, prosélytes du Démiurge apocryphe « Alephthav ».
Toutefois,
après maintes tribulations, Xipho se mit au service de Eon Elzévir Dasein, un seigneur discret et mystérieux, auteur d'un grand
nombre d'ouvrages importants. Mais ce dernier ne prêtera jamais rien
d’autre à Xipho que ses armoiries. Quelques récits perdus
narrent avec morosité les péripéties de Xipho, le hobereau, dont la rouille de la lame n’avait d’égale
que la maigreur du célèbre Babieca, un cheval
qu’il louait au mois. Xipho, parfois aussi surnomméle chevalier d'Eon, fut le seul, selon la légende, à
refuser de prendre épée plus efficace ou armure plus brillante
que celles qu’il portait sur lui. Et malgré toutes les occasions
de s’enrichir et d’améliorer ses armes qui se présentèrent à lui, il n’a
jamais conservé qu’un seul objet de valeur en sa possession, il s’agit
d’un trésor de famille : le heaume de Campeador,
une pièce d'armure d’une inestimable valeur sur laquelle aurait
été gravée, selon la légende, la noble histoire
du treizième chevalier de Xanthie : Grips Greyson Laneret, le père de Xipho. Mais nul ne découvrit jamais cette
relique dont l’existence, comme beaucoup d’autres détails,
demeure une simple hypothèse historique.
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Parmi les objets sans grande valeur que Xipho gardait toujours sur sa personne, il en est deux d'une certaine importance qui témoignent des grands bouleversements qui inclinèrent la destinée du jeune hobereau qui allait devenir le chevalier d'Eon. Le premier de ces témoignages de son existence est une plaque militaire qu'il conserva à la suite d'un enrôlement forcé dans l'armée d'Alcade. Par ailleurs, l'insigne a été conservé jusqu'à nos jours par le mémorialiste Sapience Douance qui, lors de sa découverte, rapporta à son sujet une curieuse anecdote. Alors que le nom matronymique de Xipho y est gravé à l'identique, son prénom ainsi que son nom patronymique ont eux été gravés avec une lettre en trop pour l'un et une lettre en moins pour l'autre. Ainsi, Xipho Xi Xanthie aurait servi dans l'armée Alcadienne sous le nom légèrement différent de : Xiphos Xi Xanthe. Serait-ce là une simple erreur commise lors de la gravure des lettres sur ladite plaque ? Ou bien, était-ce vraiment la volonté du chevalier de Xanthie de dénaturer un tant soit peu son nom lorsqu'il servit sous l'étendard du continent d'Alcade ? Nous voici en présence d' un mystère, aussi insignifiant soit-il, dont Sapience lui-même serait bien incapable d'évaluer l'importance.
Quant au second objet, il s'agit du bracelet du Companio. Une large lanière de cuir portant les signes de la communauté éponyme. Bien que n'ayant aucune valeur matérielle, cette distinction était uniquement remise aux personnes extrêmement méritantes ayant prouvé leurs valeurs morales au terme d'un apprentissage aussi rigoureux que secret. Ayant été jadis porteur de cet emblème distinctif, Xipho était en droit et avait le devoir, où qu'il aille, de prendre la défense des personnes socialement opprimées qu'il rencontrait sur son chemin. Notez bien que l'apparition du bracelet du Companio était grandement redoutée par les seigneurs trop sévères qui exploitaient plus que de raison leurs subalternes. Les revendications d'un Companio ne pouvaient être prises à la légère sans encourir le risque d'affronter la communauté toute entière, et il suffit de savoir qu'elle renfermait le plus grand nombre de partisans, toute caste et toute guilde confondues, pour comprendre à quel point il était déraisonnable de s'opposer à la volonté de l'un d'entre eux.
Les
années les plus sombres et les moins connues de la longue vie de
Xipho sont celles qu'il vécut au sein de l’une des plus importantes
phratries d’Alcade : la phratrie des Apatrides du
Seigneur thaumaturge Goettie Clauis de Béryl. Hélas,
les détails concernant cet important passage de son existence souffrent
d'un mal qui touche tous ceux qui ont parcouru un peu trop de chemin au
coté du stratège émérite que fut Goettie en son temps. À ce sujet, il semblerait que l’on ait
volontairement rayé des grands récits historiques tout ce qui concerne la phratrie des Apatrides, ce qu’elle fut, ce qu’elle
fit et ce qu’elle devint. Seul Sapience Douance, dont les investigations
portent sur la découverte des zones d’ombre du passé,
semble connaître le fin mot de l'Histoire.